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janvier 2001

"L’expérience qui ébranle l’inspection" - Le Monde de l’Education

Janvier 2001

L’idée est simple à souhait. Elle n’en reste pas moins révolutionnaire. Dans les Hautes-Alpes, on teste l’évaluation collective... Plutôt que d’inspecter un enseignant, c’est toute l’école qui est évaluée.

Le Projet est révolutionnaire. Faire disparaître l’inspection individuelle des enseignants du primaire. Supprimer le principe d’une note censée refléter la qualité pédagogique du professeur. Et passer à une évaluation collective de l’école. Depuis septembre, ce dispositif inédit est expérimenté dans l’ensemble des Hautes-Alpes, auprès des quelque sept cents professeurs des écoles en poste. Le principe est assez simple mais remet en cause, de manière fondamentale, le modèle de l’inspection traditionnelle. Habituellement, en effet, l’inspecteur de l’éducation nationale (IEN) observe un enseignant dans sa classe une fois tous les trois ou quatre ans en moyenne, lui fait quelques remarques, établit un rapport et fixe une note.

Réformer "par le bas"

Cette méthode jugée "infantilisante" jusque dans les rapports officiels montre vite ses limites. Si elle rend possible un contrôle de conformité des actes de l’enseignant - une sorte de contrôle technique -, elle ne permet pas, de l’avis même de nombreux inspecteurs chargés de la mettre en œuvre, une réelle évaluation du travail des professeurs des écoles. Elle n’aborde pas, ou si peu, la question du travail en équipe, pourtant prônée par les instructions officielles. Ce constat est largement partagé. Mais, malgré les rapports et les injonctions ministérielles, il n’a jamais permis de déboucher sur une refonte du système d’évaluation (lire le dossier du Monde de l’éducation de mars 2000).

L’opération conduite dans les Hautes-Alpes a le mérite de mettre en œuvre une démarche originale sur un sujet aussi sensible. D’abord parce qu’il s’agit d’une expérimentation et non d’une réforme "par le haut". Le département tout entier sert de laboratoire, et permet de mesurer les avantages comme les effets pervers d’une telle "révolution culturelle". Ensuite parce que, sur le fond, ce projet révolutionne l’inspection des professeurs du premier degré. "C’est un pari, méprise de risque, reconnaît Philippe Sauret, inspecteur d’académie des Hautes-Alpes, à l’origine de l’expérience. Nous passons de l’inspection à l’évaluation formative. Nous abandonnons l’idée d’une notation qui influerait sur l’avancement. Nous privilégions l’évaluation collective, en plusieurs temps, d’une école." Quatre étapes distinctes rythment cet "accompagnement pédagogique", comme l’appellent ses initiateurs. Dans un premier temps, les enseignants formulent leurs attentes en remplissant une "fiche navette" destinée à l’IEN et au conseiller pédagogique. Ils indiquent sur quels points (projet d’école, cycles, journée de l’élève...) ils souhaitent bénéficier de conseils. Ce document, qui fait fonction d’autoévaluation, est ensuite analysé par l’équipe de circonscription. Dans un deuxième temps, quelques jours avant la visite de l’école, une réunion permet aux enseignants et aux évaluateurs de s’entendre sur les modalités de l’inspection. "C’est une rupture par rapport à la démarche habituelle, note Jean-Marie Herrera, inspecteur de l’éducation nationale-sur Embrun. L’inspection est préparée collectivement. Les enseignants nous ont parlé de leurs éventuelles difficultés. Même s’ils ont encore en tête le fonctionnement de l’ancienne inspection, ils nous considèrent beaucoup plus comme des conseillers. Nous ne venons plus pour leur dire "ça va,ça va pas". Nous sommes plutôt là pour répondre à leurs demandes." Une conseillère pédagogique de Gap va dans le même sens : "On ne cherche pas à montrer un modèle. Mais le fait d’ouvrir les portes de la classe signifie qu’on devient adulte. Car on accepte de montrer ce qu’on fait de positif ou de négatif. D’ailleurs, en définissant eux-mêmes les modalités de la visite, les enseignants choisissent de mettre en avant ce qui va bien ou ce qui va mal", souligne Sylviane Maximin. En visite ce matin-là dans une petite école proche d’Embrun, Jean-Marie Herrera accomplit la troisième étape de l’évaluation. Pour marquer encore un peu plus la rupture avec l’ancien modèle d’inspection, il a demandé à une institutrice qui exerce dans un village voisin de venir assister à cette séance. Elle pourra elle aussi donner des conseils à sa collègue - ou en recevoir. C’est aussi la meilleure façon de réduire l’isolement des enseignants et de favoriser le travail en équipe dans un département rural où les deux tiers des écoles n’ont que deux classes. Avec la conseillère pédagogique de la circonscription, l’IEN observe le fonctionnement de l’école et de la classe." L’institutrice doit s’occuper de quatre niveaux différents, de la petite section maternelle au cours préparatoire. Son problème, nous a-t-elle dit, est de réussir à suivre tous ses élèves, et à bien gérer son temps de travail dans la classe." C’est sur ce point précis qu’elle attend une assistance pédagogique.

Aider et non pas juger

Au moment de la récréation, l’enseignante et ses trois visiteurs se retrouvent pour un premier compte rendu. L’institutrice est convaincue de ne pas avoir réussi son cours. C’est elle qui se révèle la plus négative. Car l’inspecteur, la conseillère pédagogique et sa collègue insistent plutôt sur les qualités de son enseignement. "Vous proposez une lecture à tous les enfants en début de séance. Ils sont particulièrement attentifs. Et vous utilisez très bien ce matériau tout au long du cours", note Jean-Marie Herrera. La conseillère pédagogique, qui se place d’emblée sur le registre du tutoiement, met en avant les qualités du cours. Elle apporte des idées pour l’améliorer. "Tu arrives bien à jongler avec tes différents niveaux. Mais il faudrait que tu parviennes à mieux préciser tes objectifs, groupe par groupe", indique Nicole Cirier. L’institutrice sort rassurée d’une matinée qui, de toute façon, n’aura aucun impact en termes de notation ou de carrière puisque l’inspecteur d’académie a décidé que l’avancement des enseignants s’opérerait uniquement en fonction de l’ancienneté. "Mais des conséquences sur ma pratique, oui !" Rachel Janvier, enseignante depuis 1978, sait qu’elle pourra faire appel à la conseillère pédagogique ou à l’IEN. pour l’aider et non pour la juger. Elle pourra aussi assister à l’évaluation de sa collègue institutrice, présente ce jour-là.

Valoriser autrement que par la note

L’après-midi, l’équipe d’inspection effectue la visite de la deuxième classe de l’école. Plus tard, à partir de leurs observations, les évaluateurs dresseront - quatrième moment-clé - un bilan de la situation sur le plan individuel et collectif. Une rencontre entre l’IEN, la conseillère pédagogique et les enseignants conclura l’opération. En fonction des besoins identifiés, chaque professeur pourra se voir proposer telle ou telle formation. "Ça n’est jamais évident d’établir quelles sont les demandes de formation. Là, nous pouvons faire ressortir les besoins. Et proposer quelque chose déplus efficace", affirme Sylviane Maximin. La cohérence du projet devrait constituer un point fort de l’expérience. Et une innovation majeure par rapport à l’inspection traditionnelle, qui, comme le répètent les enseignants, s’arrêtait une fois que l’inspecteur franchissait la porte... pour revenir trois ans après. Tout n’est pas simple pour autant. Il a fallu neutraliser la notation des enseignants. "Nous avons fait le choix de l’avancement à l’ancienneté. Donc, tout enseignant sait comment il va progresser dans la carrière. Pour ne pas pénaliser ceux dont les notes étaient anormalement basses, nous avons prévu la possibilité de les remonter après évaluation", souligne l’inspecteur d’académie. Il a également fallu s’interroger sur les moyens de valoriser autrement que par la note les enseignants méritants. "Un point sur lequel nous sommes un peu dépourvus, reconnaît Philippe Sauret. Il faut que nous puissions leur offrir des évolutions de carrière, leur permettre de devenir IEN ou conseiller pédagogique. Ou, plus largement, de devenir des référents." Là réside un autre chantier, au moins aussi délicat que celui de l’évaluation.

Luc Bronner

Le Monde de l’éducation, n°288, janvier 2001

 

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