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mars 2001

Tribune libre : le point de vue d’un conseiller pédagogique - Jean-Paul Borel

Paru dans le n°485 de l’EHA

A la demande de Jean-Paul Borel, conseiller pédagogique à Briançon, cette tribune libre est une « réponse qui se veut constructive... comme contribution critique au débat sur la transformation de l’école »

Chère collègue,

J’ai lu avec attention l’école Haut Alpine n°483 de janvier 2001. Cette lecture m’inspire les remarques suivantes :

1 - Le titre de l’article « Le point sur l’évaluation-notation » m’apparaît mal choisie. Les mots sont porteurs de sens et de représentations. C’est pourquoi, en équipe de circonscription, nous parlons « d’accompagnement des équipes d’école » affirmant par le choix des mots le choix d’une démarche et des finalités se situant clairement du côté de l’aide et de la formation. De plus, accompagner quelqu’un, c’est l’aider à aller où il a choisi. Accompagner une équipe pédagogique, c’est l’aider à trouver en elle et hors d’elle les moyens de résoudre les problèmes qu’elle se pose. Parfois, l’urgence de la pratique et la « pression » de la classe ne permettent pas d’analyser objectivement, seul, une situation. L’équipe de circonscription peut alors servir de révélateur de difficultés pas forcément faciles à auto-observer.

Tout sportif de haut niveau a besoin d’un entraîneur. Je ne suis pas sûr que l’entraîneur soit plus compétent que le sportif. Gageons même qu’à sa place, il ferait moins bien. Pour autant, son rôle n’en est pas moins déterminant dans les performances visées. Je suis convaincu, que l’on ne juge pas la qualité d’un entraîneur fut-il une ancienne gloire reconnue !!!, à ses performances sportives mais à sa capacité à aider le sportif qui l’a choisi, à mieux comprendre sa pratique et à la parfaire. Son extériorité au geste sportif le place en situation d’observateur privilégié. Je revendique en tant que conseiller pédagogique ce rôle d’entraîneur.

Je ne sais pas quel est le métier le plus difficile des deux. Je sais que le plus fatigant, c’est celui de sportif.

2 - Je suis blessé par certaines remarques « ...Rôle ambigu du CPC ou du CPAIEN... Il a fureté partout pendant les séquences, ce n’est pas normal... ». Le style volontairement impersonnel fait planer une ambiance malsaine. J’ai beaucoup de respect pour les militants que vous êtes mais je me permets un rappel déontologique. Vous permettriez-vous d’écrire dans vos colonnes des critiques concernant des collègues du style : « Certains enseignants ne préparent pas assez leur classe... sont trop autoritaires... font trop durer les récréations... bla bla bla... » ? Évidemment non. Outre leur extrême marginalité, ces remarques seraient blessantes pour tous les enseignants, inutiles et hors de propos. Et pourtant vous le faites sur des CPAIEN et des CPC. Considéreriez-vous que nous sommes hors du champ de syndicalisation du SNUipp ?

Je me sens personnellement complètement instituteur, par formation, par passion, par mission, puis professeur d’école (par intérêt) et CPC par fonction. Alors oui, je suis blessé par votre article. Le ton impersonnel que vous utilisez vise tout le monde et ne vise personne. Je ne vous demande pas de personnaliser vos critiques dans vos articles. Allez faire ces critiques directement aux personnes concernées. Si elles me sont destinées, ma porte est ouverte.

Nous essayons de mettre en place un système d’accompagnement qui a été négocié longuement, qui correspond à une représentation très élaborée de la fonction enseignante, à un rapport avec notre hiérarchie qui repose sur une vision non infantilisante des fonctions. Il y a, je pense, 3 règles d’or à s’imposer que je me plais ici à rappeler :
- Dans un travail d’équipe, il n’y a pas de position hiérarchique.
- Toute critique de personne est interdite.
- On est là pour construire.

La position hiérarchique, lorsqu’elle s’exprime, s’instaure dans les prises de décision, pas dans le débat pédagogique. Alors cessons d’envisager les rapports avec les IEN, avec l’IA comme des rapports de force ! Définissons des rapports de travail d’équipe !!!

(Pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, je parle bien ici du travail d’aide pédagogique et pas des problèmes de carte scolaire qui eux peuvent se penser en terme de rapport de force voire de classes.) Si une équipe accepte d’aller là où elle ne veut pas, elle partage la responsabilité de l’errance de la rencontre. Comme le dit Albert Jacquard, nous avons toujours la liberté de dire « non ». Soyons clairement à l’initiative de ce travail d’équipe. Passons d’une culture de la justification de son travail (souvent sur un mode défensif) à une culture de la proposition pédagogique, du débat, de la recherche, de la formation, de l’initiative.

Puisqu’un IA s’engage, puisque l’institution laisse faire, puisque des IEN s’engagent, engageons-nous résolument sur la voie communément choisie. Pour cela, respectons tous les règles fixées.

3 - Quant aux changements de rôle des conseillers pédagogiques que vous évoquez, je ne partage pas votre avis. Il n’y a pas de changement de rôle. En poste depuis 7 ans, je crois avoir toujours eu comme fonction l’accompagnement des collègues dans leur cheminement professionnel, à travers des animations pédagogiques, des stages, des rencontres dans les classes, le suivi des débutants, des groupes de travail, des échanges informels, la préparation d’examens (CIPE, CAFIMF, CAPSAIS, ... ). La seule différence réside dans le fait que la dynamique nouvelle m’amène à travailler dans des classes où je n’allais pas auparavant. Les premières visites chez ces collègues me confortent à penser que nous passions à côté d’une richesse pédagogique cachée et que l’ouverture des classes entre collègues ouvre de nouvelles perspectives de co-formation.

4 - Ma 4ème remarque portera sur la gestion du temps. Vous affirmez dans votre bulletin l’impérieuse nécessité de ne pas dépasser la 27ème heure. Dans le cadre des rencontres des équipes d’école ceci n’est pas réalisable ni souhaitable. (Un tel type de rencontre est prévu au plus une fois tous les 3 ans !!!) Depuis longtemps convaincu que les enseignants font partie intégrante du monde du travail donc des travailleurs, il me semble légitime de revendiquer les 35 heures pour notre profession. Revendication légitime mais difficile à mettre en œuvre.

Faire la classe, préparer, gérer les relations aux parents, correction, formation, travail en équipe, difficile d’organiser cela. Je fais l’hypothèse pour ma part que le travail en équipe ne se surajoute pas au travail personnel mais est une autre manière de préparer sa classe, de la concevoir, parfois même le la mettre en œuvre.

Au risque d’apparaître provocateur, je serai assez favorable aux 35 heures sur le lieu de travail (solde de tout compte) dont 18 heures face aux élèves pour qui la semaine de 26 heures ne m’apparaît pas trop longue (sous réserve de la suppression de tout travail scolaire à la maison). Les 17 heures semaines restantes seraient consacrées aux diverses tâches de notre métier qui se décline sous des formes nouvelles. C’est dans cette perspective que je trouve « chagrin » la position du SNUipp qui appelle à un compte d’apothicaire lors des visites « d’accompagnement des équipes d’école ». Et que penser du report des heures faites cette année sur les années futures ? Souhaite-t-on des pointeuses dans les écoles ? Pour être crédibles, soyons sérieux !!! posons dans des termes plus fondamentaux le vrai problème du temps de travail des enseignants. Pour être carrément provocateur, je ferai mienne une idée de J.Foucambert « Est-ce que l’école peut arrêter de fabriquer des O.S si les enseignants se comportent comme des O.S ? »

5 - Puisque je m’autorise à intervenir dans le débat, je soumets à votre réflexion une proposition qui part du constat suivant :

Il y a dans le corps des enseignants des militants de toutes sortes. Certains ont choisi le domaine syndical. Ils s’y investissent avec dévouement et chacun d’entre nous sait bien le rôle irremplaçable qu’ils ont dans le fonctionnement de l’institution et la défense des personnels. Pour satisfaire aux exigences de cette fonction, des temps de décharge ont été dégagés, temps qui, à défaut de couvrir l’ensemble de l’espace militant, permet aux représentants syndicaux d’exercer mieux leurs fonctions. N’est-il pas nécessaire de définir, pour ceux qui ont fait le choix d’un militantisme pédagogique de leur permettre de bénéficier d’une décharge ?

Dans le Monde de l’éducation de janvier 2001, Luc Bronner écrit à propos de l’expérience Haut-Alpine : « Il a fallu s’interroger sur des moyens de valoriser autrement (que par la note) les enseignants méritants : « un point sur lequel nous sommes un peu dépourvus », reconnaît Philippe Sauret. Il faut que nous puissions leur offrir des évolutions de carrière, leur permettre de devenir IEN ou Conseiller Pédagogique . Ou, plus largement de devenir des référents. »

Je propose donc de donner 1 jour par semaine à ces collègues qu’à défaut de définir comme méritants, je qualifierai d’investis pédagogiquement dans des recherches-actions. Ceci serait une bonne manière de garantir l’unité et l’efficacité de notre profession. Une même progression, un même salaire, diverses fonctions. J’ai entendu parler de 2 postes supplémentaires dans les Hautes-Alpes ! chiche ?

En conclusion, chère camarade, ma sympathie pour le SNUipp, non exclusive, m’amène à vous dire que la mise en œuvre de cet « accompagnement des équipes d’école » mérite mieux que les articles que vous lui avez consacrés dans votre bulletin de janvier. Réfléchissons ensemble, sans polémique, pour que l’on puisse inscrire un jour au fronton des inspections comme des écoles. « Ici, on apprend l’art de la rencontre... entrez !!! » A.Jacquard (Salon de l’éducation décembre 2000)

Amicalement

Jean-Paul Borel CPAIEN Briançon

Quelques précisions apportées par le bureau du SNUipp

Le courrier de Jean-Paul BOREL, lecteur assidu de l’EHA, donne l’occasion au SNUipp d’apporter quelques précisions sans doute utiles à tous. L’article auquel fait référence Jean Paul, concernant la régulation du système d’évaluation-notation a au moins le mérite de faire réagir et débattre encore. Il faut rappeler que les lieux de débat, au SNU, sont multiples et ouverts à tous, à tous les enseignants du 1er degré, quelles que soient leurs fonctions, et que les demi-infos qui accueillent près de 300 personnes (sur 750 environ !) en sont un lieu privilégié.

Quelques précisions. Ce nouveau système d’évaluation mis en place relève de la responsabilité de l’Inspecteur d’Académie et du SNUipp qui ont oeuvré de longs mois pour cela. L’IA est garant du système vis à vis de l’administration, le SNU vis à vis de l’ensemble des collègues. C’est pour cette raison que les élus du personnel ont demandé un groupe de régulation qui permette d’éviter les écueils ou divergences qui peuvent apparaître. Il est donc primordial, pour défendre le système et maintenir sa cohérence, de recueillir l’avis des collègues et de l’exprimer.

C’est ce qui a été fait dans l’EHA, ceci dans un but constructif. Les critiques recueillies dans l’ensemble du département ne sont pas forcément négatives puisque la plupart de nos collègues fait part d’impressions favorables. L’amélioration d’un système ne peut pas être le fait d’attitudes conciliantes et d’une pratique de langue de bois. Notre rôle est de veiller à ce que ce long travail de mise en place soit respecté. Le SNU ne peut nommer des personnes et sa fonction essentielle est de dénoncer les dysfonctionnements, ce qui a été fait d’ailleurs, aussi, en CAPD.

On peut se réjouir que notre collègue rejoigne et partage largement les positions du SNUipp, mais on on ne peut pas rester indifférents à certaines remarques faites. La référence aux OS semble injurieuse, pour les enseignants et pour les OS. Les individus ont des comportements différents quelle que soit leur situation professionnelle ou sociale. Ainsi, les OS (comme les autres) n’ont pas tous les mêmes aspirations : il y a ceux qui font des heures supplémentaires pour acheter une belle voiture, et ceux qui refusent d’en faire pour que tout le monde ait du travail. Concernant le temps de travail, d’accord pour les 18 heures face aux élèves et les 35 heures “sèches”. Chiche ! Encore faut-il le revendiquer haut et fort ! Ce que fait le SNUipp dans le cadre de la transformation de l’école. Pour l’heure, la mise en place des équipes entraîne de nombreuses réunions inévitables : c’est reconnu par les enseignants et l’administration qui le dit aussi. L’IA lui-même souligne que “les animations pédagogiques classiques programmées à l’avance ne sont plus d’actualité, [qu]’elles doivent être une réponse à la gestion du suivi des équipes”. En suivant le raisonnement de Jean Paul, 18 heures de classe, laissant 17 heures de travail d’équipe et de recherche pédagogique, cela montre que le travail en dehors du temps scolaire n’aura plus lieu d’exister, donc il ne sera plus nécessaire de libérer du temps de décharge pour des militants pédagogiques, ni de reconnaître quelques méritants. On peut renvoyer à l’une des 3 règles d’or citées par notre collègue : « on est là pour construire », oui mais tous ensemble et pas pour récompenser quelques uns. Valoriser les enseignants méritants, est-ce un objectif ? Ce n’est pas l’esprit nouveau du système mis en place par la volonté des enseignants du département et de l’administration. Quant au militantisme, il est clair qu’on peut être à la fois militant syndicaliste et militant pédagogique : l’un n’exclut pas l’autre, et les deux sont même complémentaires.

Le bureau du SNUipp

 

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